Dents de sagesse : qui les retire et comment

Une dent de sagesse se fait retirer par un chirurgien-dentiste, un chirurgien oral, un stomatologue ou un chirurgien maxillo-facial, le plus souvent au cabinet sous anesthésie locale, parfois à l’hôpital sous anesthésie générale. L’extraction n’a rien d’automatique : elle se décide après un examen clinique et une radiographie, quand la dent gêne ou menace ses voisines.
Les repères qui suivent viennent des fiches patients de la Société française de chirurgie orale (SFCO) et de la Société française de stomatologie, chirurgie maxillo-faciale et chirurgie orale (SFSCMFCO), relues le 21 octobre 2026. Le praticien qui examine la bouche reste seul juge du geste et du calendrier.
Troisièmes molaires : un calendrier tardif et souvent contrarié
Les dents de sagesse sont les troisièmes molaires, dernières dents au fond de chaque demi-arcade, en haut comme en bas. L’Union française pour la santé bucco-dentaire décrit une denture adulte de 32 dents, ces quatre molaires comprises, mais certaines bouches en comptent moins.
Leur éruption survient en général entre 16 et 25 ans, repère courant repris par l’encyclopédie Wikipédia, et peut ne jamais se produire. Arrivée tard, la dent doit trouver sa place entre la deuxième molaire et la branche montante de la mandibule, un espace qui fait souvent défaut.
Quatre mots reviennent sur les comptes rendus de radiographie :
- dent incluse : entièrement recouverte par l’os et la gencive ;
- dent semi-incluse : une partie de la couronne a percé la gencive ;
- dent enclavée : elle bute contre le collet de la deuxième molaire ;
- germe : dent en formation, aux racines absentes ou incomplètes, selon la SFCO.
Une dent mal orientée ne fait pas forcément souffrir. Bien des patients découvrent une dent incluse par hasard, sur un cliché réalisé pour autre chose.
Extraction d’une dent de sagesse : les situations qui la justifient
La SFSCMFCO range les indications de l’avulsion, terme médical de l’extraction, en trois familles :
- une dent mal placée, incluse ou enclavée, source passée ou probable de douleurs, d’inflammation ou d’infection ;
- un manque de place menaçant l’alignement des autres dents, indication souvent posée par l’orthodontiste, et retirer un germe s’appelle alors une germectomie ;
- une carie trop avancée pour des soins classiques.
La SFCO ajoute les accidents dits tumoraux. Les kystes autour de la couronne et l’atteinte de la deuxième molaire figurent aussi parmi les complications d’éruption décrites.
La péricoronarite, une inflammation sous capuchon
Sur une dent à moitié sortie, un capuchon de gencive recouvre encore une partie de la couronne. Débris et bactéries s’y logent : c’est la péricoronarite, fréquente en fin d’adolescence. Gencive rouge et gonflée au fond de la bouche, douleur, mauvais goût, ganglions sensibles dans le cou et difficulté à ouvrir grand composent le tableau typique.
Une poussée limitée se traite par des bains de bouche, une joue gonflée par un antibiotique. Si les épisodes se répètent, la discussion porte sur le décapuchonnage, c’est-à-dire la résection du capuchon, ou sur l’extraction.
Garder une dent saine reste une option
Une troisième molaire bien sortie, accessible à la brosse et sans lésion visible n’a pas à partir par principe. L’extraction préventive systématique est aujourd’hui déconseillée, hors situations particulières comme une radiothérapie à venir ou un risque élevé d’endocardite infectieuse. Rien d’obligatoire, donc : la surveillance reste une voie à part entière, et pendant un traitement orthodontique la décision se prend avec l’orthodontiste.
Qui retire les dents de sagesse, du cabinet au bloc

Le premier interlocuteur reste le chirurgien-dentiste habituel. Il examine, demande l’imagerie, puis réalise lui-même l’extraction ou oriente vers un confrère. Une dent sortie et accessible s’enlève couramment au cabinet de ville ; une dent profonde ou proche d’un nerf part plus volontiers chez un praticien dont la chirurgie est l’activité principale.
Quatre profils retirent des dents de sagesse :
- le chirurgien-dentiste omnipraticien ;
- le spécialiste en chirurgie orale, spécialité créée par un arrêté du 31 mars 2011, ouverte aux dentistes comme aux médecins et limitée à la cavité buccale ;
- le stomatologue, médecin et chirurgien de la sphère oro-faciale, dont la filière a fermé en 2011, même si de nombreux praticiens gardent cette qualification ;
- le chirurgien maxillo-facial, médecin chirurgien de toute la sphère crânio-maxillo-faciale.
L’Ordre national des chirurgiens-dentistes reconnaît trois spécialités : chirurgie orale, médecine bucco-dentaire et orthopédie dento-faciale. Le dentiste inscrit sur la liste des spécialistes, tenue par le conseil départemental, s’engage à ne pratiquer que les actes de sa spécialité.
Le lieu suit l’anesthésie. Sous anesthésie locale, l’intervention se fait en externe ; sous anesthésie générale, le plus souvent en hospitalisation ambulatoire, après une consultation d’anesthésie que la SFSCMFCO juge indispensable. Pour le rendez-vous, un courrier du dentiste ou de l’orthodontiste joint aux radiographies évite de refaire le bilan.
Avant l’opération : imagerie et précautions
La radiographie panoramique, qui montre les deux mâchoires sur un seul cliché, sert de point de départ. Elle situe chaque troisième molaire, ses racines et leur distance avec deux structures sensibles : le canal du nerf alvéolaire inférieur, qui porte la sensibilité de la lèvre inférieure, et le sinus maxillaire au-dessus des dents du haut.
Si les racines semblent toucher le canal, une imagerie en trois dimensions de type cone beam précise cette proximité. Son déroulé et sa dose de rayons sont décrits dans le dossier consacré à l’examen d’imagerie en trois dimensions.
La SFSCMFCO fixe trois consignes au patient :
- ne pas prendre d’aspirine contre la douleur dans les 10 jours qui précèdent ;
- ne jamais arrêter un anticoagulant sans avis médical ;
- apporter au chirurgien son ordonnance habituelle et ses radiographies.
Le consentement éclairé type de la SFCO couvre les bénéfices, les risques, les alternatives et un délai de réflexion. Vérifiez que la consultation a répondu à vos questions : nombre de dents retirées et pourquoi, type d’anesthésie, risques liés à la position de la dent, durée d’arrêt, numéro à joindre hors horaires.
Le jour J : anesthésie et déroulé du geste

La SFCO fonde le choix de l’anesthésie sur le caractère invasif de l’acte (nombre de dents, profondeur d’inclusion, position anormale) et sur la situation du patient (pathologie, coopération, état psychologique). Une dent unique et accessible relève en général de l’anesthésie locale. Quatre extractions d’un coup ou une forte anxiété orientent plutôt vers le bloc.
Sous anesthésie locale, le patient reste éveillé : la zone est insensible, même si des sensations de pression subsistent. Pour une dent enfouie, le chirurgien ouvre la gencive, dégage l’os par fraisage, puis extrait la dent, parfois en fragments. La gencive est refermée par des points ou laissée en partie ouverte pour le drainage. Les fils résorbables disparaissent en deux à quatre semaines, les autres se retirent vers le septième jour.
Est-ce douloureux ? Pas pendant le geste. La douleur vient une fois l’anesthésie dissipée, plus fréquente en bas qu’en haut selon la SFSCMFCO, et cède en général aux antalgiques en quelques jours. La même société savante conseille de prévoir 2 à 5 jours d’arrêt de travail ou de dispense scolaire.
Après l’extraction des dents de sagesse : les premiers jours
Un saignement modéré reste normal les premières heures. Le réflexe : mordre une vingtaine de minutes sur une compresse posée sur la zone, et reconsulter s’il persiste.
Le gonflement de la joue augmente pendant 72 heures, très variable selon les personnes, surtout chez l’adolescent. Froid appliqué régulièrement, traitement prescrit et tête surélevée d’environ 15 degrés la nuit en limitent l’ampleur. Une ouverture de bouche réduite peut durer plusieurs jours.
Pendant 48 heures, la SFCO recommande :
- des bains de bouche délicats, pour ne pas déstabiliser le caillot ;
- de ne pas cracher ;
- une alimentation mixée ;
- d’éviter boissons et plats chauds.
Ensuite, l’alimentation reste molle, tiède ou froide, ni épicée ni acide : purées, yaourts, compotes, œufs brouillés. Le brossage reprend dès le lendemain, avec une brosse chirurgicale sur la zone opérée. Tabac et alcool s’arrêtent jusqu’à la cicatrisation, et les antibiotiques ne sont pas systématiques.
Alvéolite et signaux d’alerte

Complication souvent citée, l’alvéolite est une inflammation ou une infection de l’alvéole, la cavité laissée par la racine. Elle se signale par une douleur persistante, qui empêche de dormir, apparue deux à quatre jours après l’extraction alors que tout semblait s’apaiser. Ce décalage la distingue de la douleur opératoire, qui décroît, et justifie une nouvelle consultation.
Appeler aussi le cabinet en cas de :
- saignement qui persiste malgré la compression ;
- gonflement qui s’aggrave après le troisième jour, avec fièvre ou difficulté à avaler, signe possible de cellulite ;
- lèvre ou langue encore insensibles bien après l’anesthésie ;
- douleur forte vers la troisième semaine, que la SFCO relie à un abcès.
La perte de sensibilité reste le plus souvent transitoire, de quelques semaines à quelques mois. Pour une dent du haut, une communication entre bouche et sinus se referme seule le plus souvent en 4 à 8 semaines, selon la SFCO. Ces risques, mis en regard du bénéfice attendu, figurent sur la fiche remise avant l’intervention pour être discutés à froid.
Une fois la cicatrisation acquise
En règle générale, une dent de sagesse retirée n’est pas remplacée : la mastication repose sur les molaires de devant, et les questions de reconstruction traitées dans le dossier sur la greffe osseuse avant un implant ne se posent pas. La face arrière de la deuxième molaire, longtemps masquée, devient accessible à la brosse et mérite une attention particulière.
Prochaine étape en cas de gêne au fond de la bouche : un rendez-vous chez le dentiste habituel, radiographies anciennes en main. Les autres interventions de la rubrique implants et chirurgie suivent la même logique : bilan, décision partagée, geste.